Je pars, ailleurs, trouver un autre bout de moi qui deviendra mes joies mes peines.
On se retrouvera... sur un air de guitare...

Le jour s’achève et s’effiloche sur la nuit qui lentement prend le pouvoir, l’encre se déverse sur le gris et le bleu en passant par le rouge et le violet et le jaune et le orange, la lune, de sa face pleine et ronde, illumine faiblement le royaume qui s’offre sous ses pieds, et une à une les étoiles aparaissent, comme de minuscules pierre précieuses, qui, scintillantes et entrainantes, défient l’être humain de le rejoindre, le narguent, exhibiant fièrement leur liberté comme un trophée, et l’être humain ne peut rien faire, sinon comptempler et admirer la beauté de cette magie inaccessible.
La nuit est un rouleau de satin ébène que l’on déroule et que certains enfants, ont, par bétise, troué, laissant ainsi passer cette lumière que certains ne savent voir, laissant derrière nous, entre nos lèvres, un gout de promesse d’aventures et d’émerveillement, car, tu as beau dire, la nuit et belle, tellement plus que le jour, tellement plus riche et tellement plus incroyable, si merveilleuse que l’on ne peut en accomplir les neufs quarts, mais pour ça, il faut sortir de l’enfermement si gentiment offert par les adultes, il faut s’ouvrir aux rêves et il faut rêver à en crever.
Parfois, c’est en marchant sur la plage avec le bruit des vagues en font sonore, il n’y a plus d’ombre, juste la nuit, douce et entrainante, enivrante, parfois, c’est en se promenant entre les arbres, avec les rayons de lune argentés sur la peau, elles t’offrent un fragment de cette liberté, un échantillon de ce parfum qui un jour t’accompagnera pour l’éternité, tu lèves le doigt et tu as l’impression de les frôler du bout du doigt, ces fameuses étoiles, si belles et si précieuses et si distantes tout à la fois.
...Petite esquisse faite à onze heures du soir...Le temps passe et je n’y suis toujours pas, plus de dix minutes que je suis entré ici, si je ne me dépèche pas, ils auront vite fait de detecter ma présence, et j’ai une chance minime de m’échapper, mais, sans la petite, ce n’est pas la peine. Je commence à m’inquieter. Une goutte de sueur se forme sur ma tempe et roule le long de ma machoire. Normalement, je devrais déjà être en train de m’occuper d’elle. Mes pas se font plus rapides, plus pressants. Me suis-je trompé de chemin ?
Enfin, une porte. Pas n’importe laquelle, évidamment. Celle que je cherche. Reconnaissable entre tous, entièrement noire. Je m’autorise un soupir de soulagement, mais ce n’est pas pour autant que je me détends, au contraire. Le plus dur est devant moi, pas derrière.
Je m’approche de la vitre sans tain qui est à sa droite et jette un coup d’oeil à l’interieur, le cœur battant à un rythme frénétique, celui de l’angoisse de la découverte. Nous sommes-nous trompés ? Ou est-elle là, prisonnière, comme nous l’a dit Amarylis ?
Mon regard se plonge dans une pièce exigue, plongée dans le pénombre, semblant de nuit auquel je m’accoutume rapidement.
Dans un coin, je l’aperçois enfin.
Recroquevillée sur elle-même, son corps est recouvert de ses ailes, si semblables à des flammes, qui s’agitent doucement, dans un mouvement de satin, partant du rouge sang à l’or le plus pur, un coucher de soleil dont la beauté est incomparable. Son visage, à moitié caché par ces ailes qui font d’elle un hybride, est pâle comme la mort, un teint de porcelaine qui semble briller dans l’obscurité, recouvert des longues mèches noires emmèlées qui retombe en fouillis sur ces yeux d’un bleu sans pareil, couleur de ciel délavé, mais aucune pupille ne vient obscurcir cette couleur fantomatique, et je me rends compte dans un sursaut qu’elle est aveugle.
Tout en elle irradie d’une faible lueur bleutée, de la même couleur que ses yeux, qui semble essayer de combatter l’obscurité qui l’entoure, avant de disparaître dans un faible crépitement, à peine quelques centimètres plus loin. Elle est si faible…
Dans l’ombre, des tentacules ébènes qui se détachent nettement de tout le reste, ondulent autour d’elle, comme des vautours autour d’une proie dont ils attendent la mort pour pouvoir la dévorer, la frôlent de temps en temps, et à chaque fois, de ses lèvres s’echappe une petit cri muet que je ne peux entendre.
Elles lui brûlent son énergie.
Je serre les poings.
Pauvre petite enfant oiseau.
Je n’ai fait que penser ces mots, pourtant, elle relève brusquement la tête et me fixe de ses grand yeux, agrandis par la peur. Ses tremblement augmentent. Je fronce les sourcils. Elle ne devrait pas me voir…
Soudain, un froid glacial s’abat autour de moi, et je comprends.
Ce n’est pas moi qu’elle a vu. Mais une autre présence, maléfique, qu’elle a sentie.
Sa présence.
Il arrive.

Je ne suis qu’un soupir, juste une larme qui roule, une simple respiration, rien de plus, je ne demande pas grand-chose, juste tes mots, rien que tes mots, être bercée par tes mots, alors, plus rien ne compte. Parle, encore, s’il te plait ne t’arrête pas, je veux juste entendre le son de ta voix, oublie-moi, je ne suis pas là, il y a juste une ombre dans le coin, là, pas grand-chose, mais surtout ne t’arrête pas, j’aime tes mots, je m’y accorche, c’est tout ce que je souhaite garder avec moi, alors, je partirais et le soleil chassera l’ombre, tu vois, tu t’arrêteras de parler malgré mes supplications, tu ne me verras plus, et puis, comme tous les autres, tu m’oublieras, bientôt, je n’existerais plus, bientôt, le fil se rompra et je tombrais dans l’obscurité sans fin, et alors, si la mort est une délivrance, je m’approcherais d’elle à bras ouverts, même si j’ai peur d’elle, et si un suicide c’est lache alors, je te demandrais de me tuer, m’obéiras-tu ou me laisseras-tu seule, comme une poupée de verre brisée sur l’asphalte dur et froid ? Je ne sais pas, je ne suis pas toi, je ne serais jamais toi, puisque je ne suis personne, pas même moi.
Pourquoi j’écris, je ne sais pas, on me crie dessus, je passe trop de temps, ici, c’est vrai, je dois partir, repartir dans Leur vie, suivre Leur route, sans creux, sans bosse, sans trou, sous le ciel dur et froid et jaune. Je soupire, encore cinq minutes, encore quelques mots…le fil s’effiloche, doucement, mais surement, il va se casser, j’ai peur, dis moi, pourquoi j’ai si peur, pourquoi fait-il si froid. Dehors, il fait gris. Dans mon cœur, il fait gris. Je suis grise. Pale. Vide. Je dois contaminer le temps. S’il te plait. Parle-moi. Dis-moi qu’il fera beau, bientôt…
Il marche. 

Un sentiment qui me pince le coeur...




