dimanche 4 mai 2008

[9] Il marche

Il marche.

Ses pas claquent sur les pavés encore trempés de l'orage qui a eu lieu il y a quelques heures et dont le grondement sourd résonne encore dans le lointain, son ombre se fond dans l'obscurité de l'heure tardive. Il expire et un nuage blanc se forme devant lui pour disparaitre quelques instants plus tard, particules éphémères dont la vie ne dure pas plus de quelques secondes, découvrant une ruelle peu engageante dont ne s'échappe que le silence qui plane, comme une présence sinueuse, serpente entre les hautes maisons qui se dressent fièrement, gardiennes des gens qui se prétendent importants et qui ne sont qu'hyporcisie, haine et mensonge.
Il s'y engouffre et resserre autour de lui les pans de sa cape, il ne faudrait pas qu'on le reconnaisse maintenant, si près du but, échouer lui serait impardonnable. Personne pourtant ne circule, le couvre-feu à été déclaré il y a longtemps, personne pourtant ne pourrait le reconnaitre, derrière cette cape et se haut de forme noir qui dissimule de longues mèches argentées. Qu'importe. Après immortalité, prudence est son deuxième prénom.
Bientôt, il ralentit et ses pas se font plus rares, encore un, et il s'arrête, semble disparaitre dans le mur tant il est immobile. Au bout de quelques instants, plusieurs secondes, plusieurs minutes, il ne le sait pas, il redresse la tête et son visage se retrouve baigné par le doux halo nacré de la lune qui éclaire ses traits anguleux, son visage pâle, ses yeux d'un bleu éléctrique qui semblent briller d'un éclat dangeureux, enfin, ses lèvres, trait mince qui se relève en un sourire victorieux, le sourire de celui qui sait qu'il a déjà gagné avant d'avoir commencé la partie.
La maison est ancienne, la plus ancienne, peut être, du quartier, les pierres sont abimées par le temps, et, lorsque ses doigts gantés les parcourent, il peut sentir les histoires du temps passé, il peut les entendre, presque, les voir...il s'éloigne brusquement. Il n'est pas venu pour ça.
Les lumières sont éteintes, les volets fermés, le jardin abandonné aux mauvais herbes. Rien qui ne pourrait trahir la présence d'un humain dans les parages. Mais il est la. Il sent son odeur, une odeur sucrée, un parfum de musc et de lavande qui lui soulève le coeur. Il fronce le nez. Aucun doute. Il est là.
Il se rapproche, cette fois avec plus de lenteur. Un instant, il plisse les yeux et ferme son esprit aux ombres des pierres qui tentent de l'approcher. Puis, d'entre ses lèvres s'échappe un murmure, comme un plainte que personne n'entend, qui monte dans le ciel, encore et toujours plus haut.
Il ouvre à nouveau les yeux. Les ombres sont parties.
Entre ses mains apparait un minuscule crochet qu'il insère dans la serrure de la porte en bois de chêne. Le temps d'une respiration, et la porte s'ouvre docilement, sans un bruit, l'invitant à l'interieur. Un jeu d'enfant. L'odeur se fait plus forte. L'interieur est propre et rangé, la poussière qui devrait envahir les lieux n'est pas présente, confirmant ses soupçons. Il sourit. Encore une fois, il a vu juste.
Son instinct le pousse à monter les escaliers qui ne protestent aucunement sous son poids, qui contentent de se ployer et de se taire tandis qu'il gravit les marches une à une.
Un couloir. Une porte entrouverte. Une faible lueur orangée qui s'en échappe. Le bruit d'une plume crissant sur le parchemin.
Il se rapproche sur la pointe des pieds, retient sa respiration, ses muscles tendus. L'adrénaline coule dans ses veines. Il laisse glisser sont regard à l'interieur. Momentanément aveuglé par la lumière projetée par une flamme de bougie, après tant de temps passé dans l'obscurité, pui son regard s'accoutume et apparait enfin sous ses yeux celui qu'il cherche.
La respiration bruyante, rapide, c'est un homme bedonnat approchant la cinquantaine, assis devant un bureau en If doré, secoué de tics et de tremblements tandis que sa main parcourt à toute vitesse un parchemin vert, couleur de la royauté, des mots naissant sous sa plume qui, de temps en temps, déchire le papier. Son crane dégarni luit de sueur, pas d'effort mais de peur; celle d'être retrouvé à tout moment par l'Ordre, l'Ordre qui l'a poussé à fuir, l'Ordre et ses menaces qu'il à pourtant négligées.
Sans un bruit, il entre dans la pièce et se rapproche à pas de loup du dos penché de celui qu'il doit tuer, qui continue à écrire sans se rendre compte que l'ombre menaçante de la mort plane au dessus de son crane dégarni.
Il ne lui reste qu'à le tuer, et tout est fini. Trop simple, et, décidément, pas assez amusant. Jouissant d'un plaisir pervers, il se racle alors la gorge, dévoilant sa présence. L'autre s'immobilise. Glacé par la peur. Il se retourne lentement, laisse tomber la plume d'oie avec laquelle il écrivait en reconnaissant son assassin.
- Emrys...
Il lui sourit, une sourire carnassier, un sourire de rapace devant sa proie, un sourire glacial et victorieux.
Le temps d'un battement de coeur, il dégaine une aiguille longue et fine, presque invisible mais qui scintille et capture les éclats de lumière de la bougie dont la flamme vacille, la rapproche d'un oeuil qui le fixe, terrorisé, et perce un minuscule trou dans le conduit lacrymal, l'insere, passe à travers le nerf oculaire puis perfore le cerveau, la ressort, si vite que l'autre ne l'a pas vu bouger.
Une deuxième battement de coeur plus tard, et il est mort.
Il sort d'une poche un mouchoir plus blanc que la neige et essuie la lame rougie, avant de les faire disparaitre. Il se penche sur le bureau et parcourt du regard le parchemin, et son sourire s'étire plus encore tandis qu'il lit les phrases qui s'alignent devant lui. Quelques secondes plus tard, il s'empare de la missive, jette un dernier regard vers l'homme, suit des yeux la larme écarlate qui perle au coin de son oeuil et roule le long de sa joue, puis, soudainement, il n'est plus la.
La bougie achève de se consumer lentement.
Au loin, le tonnerre gronde.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Waaa c'est comme si j'alluisnais !!! C'est si bien écrit !!!!! Et l'histoire est génial mais c'est quelque chose en particulier ou c'est juste une inspiration qui t'es venue comme ça ?
Encore bravos !

Princesse sushi

Elsterianne a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Elsterianne a dit…

Waouh....une vague envie de pleurer,un tremblement d'effroi,un frisson de plaisir que fait naître les mots qui approchent de la perfection et jouent avec les sens en alerte et les sentiments...
une légère douleur pour faire écho à celle des personnages,qui,vivant,font re-vivre leur histoire,leur présence et leur caractère dans mon esprit devenue les lieux décrits.
Témoin de la scène,avec une angoisse...presque...agréable,en fait,par moment, quand il s'avance,silencieux,quand l'homme s'effondre,quand il disparait.
Tu es douée dis donc...j'ai essayé du mieux que j'ai pu de te décrire ce que je ressens...c'est tout simplement magique.
Tu as trouvé l'inspiration,me l'insufflant aussi.
C'est repartit....

En esperant que tu vas mieux.

Bisous tout doux.
Ta p'tite fleur D'Hibiscus

Anonyme a dit…

N'étoile !
Tu as tant de talent !
Je me sens si nulle à côté de toi...
On a dû se rater au téléphone.
Dimanche, j'étais à la mer (j'ai réussi à me baigner, même si l'eau devait avoisiner les 15°) et aujourd'hui, Joseph, l'ami de ma mère, à changer des prises. Pas de courant de l'après midi.

Je t'aime.
J'espère que tu vas bien.
Ta Fanny